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Combien d’argent public va aux entreprises, et que sait-on de son effet ?

Combien de soutien public reçoivent les entreprises selon chaque décompte officiel, qui le reçoit, combien de temps dure chaque niche fiscale, et ce que l’on sait de son effet.

  • de soutien public aux entreprises en 2023 selon le décompte large du Sénat, selon le plus étroit des décomptes officiels.
  • du crédit d’impôt recherche sont allés aux grandes entreprises en 2023.
  • du coût des dépenses fiscales en 2024 vient de mesures sans date de fin.

Estimé : un modèle, une imputation ou une enquêteLes chiffres sans marque sont publiés tels qu’observés.

Entreprises

Combien d’argent public va aux entreprises

Tout dépend de ce qu’on compte comme soutien. Cinq estimations officielles pour 2023, du Sénat et du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan (HCSP, ex-France Stratégie), vont de à . Ils diffèrent sur la prise en compte des allègements de cotisations sur les bas salaires, des taux réduits de TVA et des prêts remboursables.

  • HCSP, périmètre 1Aides directes et ciblées seulement
  • Sénat, strictSans Bpifrance ni TVA
  • HCSP, note 2025Avec TVA, sans allègements de cotisations
  • HCSP, périmètre 2Avec allègements de cotisations et TVA
  • Sénat, largePrêts et garanties à leur valeur faciale
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Estimations du soutien public aux entreprises, 2023
PosteMontantAnnée
HCSP, périmètre 182 Md€2023
Sénat, strict108 Md€2023
HCSP, note 2025111,9 Md€2023
HCSP, périmètre 2187 Md€2023
Sénat, large211 Md€2023

Les 108 Md€ souvent cités comme un chiffre « Sénat/HCSP » ne sont que l’estimation stricte du Sénat. Le chiffre propre du HCSP pour 2023, , en est proche par coïncidence : il laisse de côté les allègements de cotisations que le Sénat retient, et compte la TVA que le Sénat écarte.

Ce que le Sénat a compté

  • Dépenses fiscales41,7 %
  • Allègements de cotisations35,5 %
  • Prêts et fonds propres de Bpifrance19,4 %
  • Subventions3,3 %
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L’estimation large du Sénat par instrument, 2023
ComposanteMontantPart
Dépenses fiscales88 Md€41,7 %
Allègements de cotisations75 Md€35,5 %
Prêts et fonds propres de Bpifrance41 Md€19,4 %
Subventions7 Md€3,3 %
Total211 Md€100%

Les allègements de cotisations du Sénat, pour 2023, sont son propre décompte. Les seuls allègements généraux ont coûté en 2024 dans l’ensemble des régimes obligatoires, dont dans les régimes de base de la sécurité sociale, selon l’annexe du projet de loi de financement de la sécurité sociale sur les exonérations, que lit aussi le registre de l’argent public de la page des évaluations.

Les plus gros dispositifs

  • Allègements généraux de cotisationsTous régimes obligatoires
  • Taux réduits de TVACoût pour l’État après transferts
  • Crédit d’impôt recherche (CIR)Première dépense fiscale
  • Aide à l’embauche d’apprentisEstimation de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)
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Coût des principaux dispositifs de soutien, 2024
PosteMontantAnnée
Allègements généraux de cotisations77,6 Md€2024
Taux réduits de TVA10,9 Md€2024
Crédit d’impôt recherche (CIR)7,8 Md€2024
Aide à l’embauche d’apprentis4,1 Md€2024

Quelle part change ce que font les entreprises ?

Aucune évaluation ne couvre le total, et le HCSP écrit que la plupart des dispositifs n’ont jamais été évalués. Le décompte le plus large, celui du Sénat, comprend de prêts, garanties et fonds propres de Bpifrance à leur valeur faciale, et non à leur coût ; son rapporteur y voit un plancher, car les aides des régions, des communes et de l’Union européenne en sont exclues.

Décompte large du Sénat
Modifie le comportement des entreprises?Inconnu

Entreprises

Suivre l’argent d’une entreprise

La commission d’enquête du Sénat a fait déclarer sous serment aux plus grands groupes le soutien public reçu en 2023. Trois des groupes dont elle a entendu les dirigeants sont présentés ici comme exemples, non comme un échantillon : ceux pour lesquels un total déclaré lors de l’audition et le document annuel du groupe pour 2024 ont tous deux été lus pour cette page. Ils sont classés selon le soutien reçu, à côté de ce qu’ils ont versé à leurs actionnaires l’année suivante :

  • Soutien public, 2023
  • Versé aux actionnaires, 2024

LVMH

Soutien public, 2023
Versé aux actionnaires, 2024

Dividendes , rachats . Impôts payés en France 3,8 Md€.

Sanofi

Soutien public, 2023
Versé aux actionnaires, 2024

Dividendes , rachats . R&D en France 2,5 Md€.

Michelin

Soutien public, 2023
Versé aux actionnaires, 2024

Dividendes , rachats . Budget de R&D en France 400 M€.

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Soutien public reçu et versé aux actionnaires
GroupeSoutien public, 2023Versé aux actionnaires, 2024
LVMH
Sanofi
Michelin

Soutien public reçu en 2023, à côté de ce qui a été versé aux actionnaires en 2024 : des flux et des années différents, qui n’ont pas vocation à être mis en regard.

Une grande partie du soutien rémunère une activité en France que les dividendes ne mesurent pas. Les chiffres du rapport du Sénat lui-même contiennent des erreurs (dollars présentés comme des euros, dividendes incluant des rachats d’actions) : les versements présentés ici proviennent donc des documents des entreprises. La plupart des documents lus pour cette page ne mentionnent pas du tout le crédit d’impôt recherche.

Le crédit d’impôt recherche de quinze groupes

L’annexe 12 du rapport du Sénat présente, pour quinze des groupes entendus, le crédit d’impôt recherche perçu et les dépenses de recherche et développement que leurs dirigeants ont indiqués lors des auditions, pour 2023 :

GroupeCrédit d’impôt rechercheDépenses de R&DPart du crédit dans la R&D
Michelin
Renault
ArcelorMittal
Sanofi
Stellantis
Safran
STMicroelectronics
Vinci
Air Liquide
EDF
Orange
Thales
Danone
SNCF
Accor

L’annexe reprend une sélection des chiffres donnés en public par les dirigeants, que le rapport qualifie d’échantillon ; ce n’est pas un échantillon des entreprises qui demandent le crédit. Les montants sont ceux des groupes, non ceux de l’administration fiscale, et l’annexe ne dit pas si la R&D est dépensée en France ou dans le monde : les dirigeants de Michelin et de Sanofi ont donné la leur pour la France. Le tableau figure au tome I, p. 430, et le rapport le présente p. 251.

Évaluations

La durée des dépenses fiscales

La France compte dépenses fiscales, des impôts qu’elle choisit de ne pas percevoir, pour un coût de en 2024. de ce coût provient de mesures créées avant 2000, et de mesures sans date de fin : elles durent jusqu’à ce qu’une loi les abroge ; la règle d’évaluation ne s’applique qu’aux mesures créées depuis 2024.

  • Avant 1950
  • Années 1950
  • Années 1960
  • Années 1970
  • Années 1980
  • Années 1990
  • Années 2000
  • Années 2010
  • Années 2020
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Coût des dépenses fiscales en 2024, par décennie de création
PosteMontantAnnée
Avant 19507 Md€2024
Années 19501,1 Md€2024
Années 19603,6 Md€2024
Années 197011,6 Md€2024
Années 198014,3 Md€2024
Années 199011,9 Md€2024
Années 200023,3 Md€2024
Années 201011,6 Md€2024
Années 20204,9 Md€2024

Les cinq plus importantes

  • Crédit d’impôt rechercheCréé en 1982, sans date de fin
  • Crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicileCréé en 2006, sans date de fin
  • Pacte DutreilCréé en 1999, sans date de fin
  • Abattement de 10 % sur les pensionsCréé en 1977, sans date de fin
  • Exonération de l’intéressement, de la participation et de l’épargne salarialeCréée en 1973, sans date de fin
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Les cinq plus grosses dépenses fiscales, 2024
PosteMontantAnnée
Crédit d’impôt recherche7,8 Md€2024
Crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile6,4 Md€2024
Pacte Dutreil5 Md€2024
Abattement de 10 % sur les pensions4,8 Md€2024
Exonération de l’intéressement, de la participation et de l’épargne salariale2,9 Md€2024

La loi prévoit déjà qu’elles expirent

Depuis 2024, la loi de programmation des finances publiques limite toute nouvelle dépense fiscale à trois ans, renouvelable seulement après une évaluation :

Les dépenses fiscales instituées par une loi promulguée après le 1er janvier 2024 sont applicables pour une durée qui est précisée par la loi les instituant et qui ne peut excéder trois ans. Les dépenses fiscales ne peuvent être prorogées que pour une période maximale de trois ans et à la condition d'avoir fait l'objet d'une évaluation, présentée par le Gouvernement au Parlement, des principales caractéristiques des bénéficiaires des mesures, qui précise l'efficacité et le coût de celles-ci.Loi n° 2023-1195, article 7

La Cour des comptes constate que la règle n’a pas été appliquée. Sous la limite de quatre ans de la loi précédente, des 82 mesures créées en 2018-2022 n’avaient pas de date de fin. Sur les 35 évaluations que le gouvernement avait programmées pour 2020-2023, ont été réalisées ; sur les 11 qu’exige la loi actuelle, à la fin de 2025. La Cour des comptes :

La LPFP 2023-2027 a pour l'heure échoué, comme les lois de programmation qui l'ont précédée, à imposer de manière effective un plafonnement du coût et de la durée d'application à trois ans des nouvelles dépenses fiscales.

Chaque mesure, avec son année de création, sa date de fin, son coût 2024 et ses bénéficiaires, figure dans tax-expenditures.csv, extrait de l’annexe budgétaire.

Évaluations

Cet euro public produit-il un effet ?

Les mêmes six questions pour chaque grand dispositif, avec une réponse seulement là où une évaluation y répond. Cliquez sur une case pour voir le constat, la citation et le rapport. Un point d’interrogation signifie qu’aucune évaluation adéquate n’a été trouvée.

Ce que les évaluations ont trouvé, dispositif par dispositif
DispositifCoûtAdditionnalitéPermanenceFuitesEffets d’entraînementBénéficiairesValeur stratégique
Allègements de cotisations sur les bas salaires2024
Crédit d’impôt recherche (CIR)2024
Aide à l’embauche d’apprentis2024
CICE (2013-2018)2016
  • Positif
  • Mitigé
  • Négatif
  • Soupçonné: soulevé par les évaluateurs, non mesuré
  • Mesuré: un fait sur qui en bénéficie
  • Non évalué: aucune évaluation adéquate trouvée
Allègements de cotisations sur les bas salaires
Qualité des preuves
Moyenne : résultats solides pour les années 1990 ; les effets actuels reposent sur des élasticités choisies pour les modèles macroéconomiques.
Ce qui changerait le diagnostic
Une évaluation de la réduction unique de 2026, des estimations d’incidence au niveau des entreprises (salaires, marges, prix) et des études de mobilité salariale autour des seuils.
Crédit d’impôt recherche (CIR)
Qualité des preuves
Moyenne : une étude quasi expérimentale de la réforme de 2008, limitée à 2008-2012 ; le crédit est universel, ce qui rend un contrefactuel difficile à construire.
Ce qui changerait le diagnostic
Une évaluation causale postérieure à 2012 et de la réforme de 2025, des données par groupe reliant le crédit au lieu où se fait la R&D, et une estimation mesurée des effets d’entraînement.
Aide à l’embauche d’apprentis
Qualité des preuves
Faible pour l’aide elle-même : des tendances descriptives et une estimation par modèle.
Ce qui changerait le diagnostic
Une évaluation causale exploitant les baisses de 2023, 2025 et 2026 par niveau de diplôme et taille d’entreprise, et un coût par apprenti supplémentaire.
CICE (2013-2018)
Qualité des preuves
Élevée pour l’estimation de l’effet sur l’emploi au niveau des entreprises (deux équipes indépendantes, un comité public) ; faible pour les estimations macroéconomiques.
Ce qui changerait le diagnostic
Une évaluation de la transformation de 2019 au-delà de 2020, avec des données par groupe sur les salaires, les marges et les dividendes.

Les grandes entreprises reçoivent du crédit d’impôt recherche, et les entreprises de 250 salariés ou plus des cotisations exonérées. Aucune source ne ventile l’ensemble du soutien aux entreprises par taille d’entreprise.

Chaque ligne d’argent public, et les études que mène ce site lui-même, sont sur la page Est-ce efficace ?.

Sources : ministère de l’Économie et des Finances, Sénat, rapports annuels de LVMH, Sanofi et Michelin, Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan (HCSP, ex-France Stratégie), DG Trésor, Cour des comptes, DLF, MESR, DSS, OFCE, chacun cité dans son panneau.

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Questions, idées ou corrections : ouvrez un ticket sur github.com/samoht/budget/issues. L’auteur de ce site et les corrections qui y ont été apportées sont présentés sur la page Méthode.

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